Si le label est là pour s’occuper de l’artiste (l’interprète), l’édition musicale est là pour s’occuper de l’œuvre (la composition). Pour un beatmaker ou un auteur, comprendre les rouages de l’édition est la clé pour transformer une simple instru en une source de revenus pérenne sur le long terme.
Souvent méconnue, l’édition est pourtant le « back-office » indispensable de l’industrie. Elle consiste à administrer, protéger et exploiter les droits d’auteur pour générer des royalties via la radio, la télé, le streaming et la synchronisation.
Les acteurs de l’édition musicale : Qui fait quoi ? #
Dans le paysage juridique français, les rôles sont précisément définis. Contrairement aux idées reçues, le beatmaker n’est pas qu’un « fournisseur de sons », il est un créateur à part entière.
- L’Auteur-Compositeur : C’est vous. En droit français, l’auteur peut être le parolier (celui qui écrit les textes) ou le compositeur. Le beatmaker est considéré comme un auteur qui perçoit des droits d’auteur sur ses compositions.
- L’Éditeur : C’est votre partenaire professionnel. Il n’achète pas votre œuvre, mais il en acquiert une partie des droits en échange de services de promotion, de gestion et de protection.
- L’Interprète : Dans le rap, c’est celui qui pose sa voix. S’il n’écrit pas et ne compose pas, il ne touche pas de droits d’auteur, mais des droits voisins (via l’ADAMI ou la SPEDIDAM).
Quel est le rôle concret d’un éditeur ? #
L’édition musicale ne se résume pas à remplir des papiers à la SACEM. Un bon éditeur doit être un véritable accélérateur de carrière. Ses missions se divisent en trois piliers :
1. L’accompagnement administratif et juridique #
C’est la base. L’éditeur s’occupe de déposer vos œuvres, d’identifier tous les ayants droit sur un projet et de rédiger les contrats de cession et d’édition. Il s’assure que chaque pourcentage est correctement déclaré pour éviter les litiges futurs.
2. Le développement artistique et le réseau #
L’éditeur joue souvent les entremetteurs. Il vous connecte avec d’autres artistes de son catalogue, vous propose des sessions de studio ou vous aide à trouver l’interprète idéal pour vos prods. Bien que plus rare dans la pratique pure, il peut aussi avoir un rôle de direction artistique (DA).
3. La synchronisation et le financement #
C’est la partie la plus lucrative : placer votre musique dans des films, des séries, des publicités ou des jeux vidéo. C’est ce qu’on appelle la synchronisation. En plus de cela, l’éditeur peut vous verser une avance sur vos futurs revenus SACEM ou investir un budget marketing pour booster la visibilité d’un projet.
Les 6 types de contrats en édition musicale #
Il est crucial de savoir ce que vous signez. Voici les contrats les plus courants dans l’industrie :
- Le contrat de cession : Vous cédez vos droits à l’éditeur qui devient responsable de la promotion et de la collecte. En échange, vous bénéficiez de son expertise et souvent d’une avance financière.
- Le contrat de co-édition : Les droits sont partagés entre vous (via votre propre structure d’édition) et un autre éditeur. Les revenus et les responsabilités sont généralement répartis à 50/50.
- Le contrat de sous-édition : Utile pour l’international. Vous mandatez un éditeur sur un territoire précis (par exemple, un éditeur américain pour gérer vos droits aux USA) pour une durée limitée.
- Le contrat de gestion/administration : L’éditeur ne prend pas de parts de propriété. Il gère simplement votre catalogue (paperasse, collecte) contre une commission (souvent 15%). Vous restez maître de vos droits.
- Le pacte de préférence : Vous vous engagez à proposer toutes vos futures créations à l’éditeur pendant une période donnée (ex: 3 ans). Attention : Ce contrat doit être basé sur la confiance et comporter une avance sérieuse pour ne pas être abusif.
- Le contrat de commande : Souvent utilisé pour la musique de film ou la pub, où l’œuvre est créée spécifiquement pour un client.
La répartition des points SACEM #
Par défaut, lorsqu’un éditeur entre en jeu, la répartition statutaire de la SACEM est la suivante :
- Éditeur : 50 %
- Auteur : 25 %
- Compositeur : 25 %
Cependant, ces parts sont négociables. Si vous n’avez pas d’éditeur, la répartition se fait à 50/50 entre l’auteur et le compositeur.
Attention au piège du « Copyright » US/UK : Ne signez pas de contrats basés sur le droit anglo-saxon sans vérifier. Souvent, ils incluent une cession totale (Buyout) contre une somme forfaitaire. Une fois payé, vous perdez tout droit de regard et de revenu sur la vie future de votre instru.
Focus : Déposer une instrumentale seule #
Peut-on protéger une prod avant qu’elle soit placée ? Oui. Vous pouvez déposer une instru à la SACEM sans contrat, en précisant qu’il s’agit d’une œuvre instrumentale.
- Si la prod est placée plus tard avec un éditeur : Il faudra refaire un dépôt (contrat de cession) qui viendra « écraser » le précédent.
- Si un artiste pose dessus : Un nouveau dépôt sera effectué pour transformer l’œuvre en « chanson », sans supprimer l’existence de votre instru originale.
En conclusion, l’édition musicale est le levier qui permet de transformer une activité créative en un véritable business. Ne négligez jamais la partie administrative : c’est elle qui assure votre retraite de beatmaker.